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Ethan Reed
Ethan Reed

Nerval Voyage En Orient Epub Books


Parmi les boutiques où l'industrie européenne attire de son mieux lesplus riches habitants du Caire, les Turcs réformistes, ainsi que lesCophtes et les Grecs, plus facilement accessibles à nos habitudes, ily a une brasserie anglaise où l'on peut aller contrarier, à l'aidedu madère, du porter ou de l'ale, l'action parfois émolliente deseaux du Nil. Un autre lieu de refuge contre la vie orientale est lapharmacie Castagnol, où très-souvent les beys, les muchirs et lesnazirs originaires de Paris viennent s'entretenir avec les voyageurset retrouver un souvenir de la patrie. On n'est pas étonné de voirles chaises de l'officine, et même les bancs extérieurs, se garnird'Orientaux douteux, à la poitrine chargée d'étoiles en brillants,qui causent en français et lisent les journaux, tandis que des saistiennent tout prêts à leur disposition des chevaux fringants, auxselles brodées d'or. Cette affluence s'explique aussi par le voisinagede la poste franque, située dans l'impasse qui aboutit à l'hôtelDomergue. On vient attendre tous les jours la correspondance et lesnouvelles, qui arrivent de loin en loin, selon l'état des routes ou ladiligence des messagers. Le bateau à vapeur anglais ne remonte le Nilqu'une fois par mois.




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Je ne regrettais pas de m'être fixé pour quelque temps au Caire etde m'être fait sous tous les rapports un citoyen de cette ville, cequi est le seul moyen sans nul doute de la comprendre et de l'aimer;les voyageurs ne se donnent pas le temps, d'ordinaire, d'en saisir lavie intime et d'en pénétrer les beautés pittoresques, les contrastes,les souvenirs. C'est pourtant la seule ville orientale où l'on puisseretrouver les couches bien distinctes de plusieurs âges historiques. NiBagdad, ni Damas, ni Constantinople n'ont gardé de tels sujets d'étudeset de réflexions. Dans les deux premières, l'étranger ne rencontre quedes constructions fragiles de briques et de terre sèche; les intérieursoffrent seuls une décoration splendide, mais qui ne fut jamais établiedans des conditions d'art sérieux et de durée; Constantinople, avecses maisons de bois peintes, se renouvelle tous les vingt ans et neconserve que la physionomie assez uniforme de ses dômes bleuâtres etde ses minarets blancs. Le Caire doit à ses inépuisables carrières duMokatam, ainsi qu'à la sérénité constante de son climat, l'existencede monuments innombrables; l'époque des califes, celle des soudans etcelle des sultans mamelouks se rapportent naturellement à des systèmesvariés d'architecture dont l'Espagne et la Sicile ne possèdent qu'enpartie les contre-épreuves ou les modèles. Les merveilles moresquesde Grenade et de[p. 129] Cordoue se retracent à chaque pas au souvenir, dansles rues du Caire, par une porte de mosquée, une fenêtre, un minaret,une arabesque, dont la coupe ou le style précise la date éloignée. Lesmosquées, à elles seules, raconteraient l'histoire entière de l'Égyptemusulmane, car chaque prince en a fait bâtir au moins une, voulanttransmetre à jamais le souvenir de son époque et de sa gloire; c'estAmrou, c'est Hakem, c'est Touloun, Saladîn, Bibars ou Barkouk, dont lesnoms se conservent ainsi dans la mémoire de ce peuple; cependant lesplus anciens de ces monuments n'offrent plus que des murs croulants etdes enceintes dévastées.


La vie orientale nous joue de ces tours; tout semble d'abord simple,peu coûteux, facile. Bientôt cela se complique de nécessités, d'usages,de fantaisies, et l'on se voit entraîné à une existence pachalesque,qui, jointe au désordre et à l'infidélité des comptes, épuise lesbourses les mieux garnies. J'avais voulu m'initier quelque temps à lavie intime de l'Égypte; mais peu à peu je voyais tarir les ressourcesfutures de mon voyage.


La vue est fort belle, comme on peut le penser, du haut[p. 176] de cette plateforme. Le Nil s'étend à l'orient depuis la pointe du Delta jusqu'audelà de Saccarah, où l'on distingue onze pyramides plus petites quecelles de Gizèh. A l'occident, la chaîne des montagnes libyques sedéveloppe en marquant les ondulations d'un horizon poudreux. La forêtde palmiers qui occupe la place de l'ancienne Memphis, s'étend du côtédu midi comme une ombre verdâtre. Le Caire, adossé à la chaîne aridedu Mokatam, élève ses dômes et ses minarets à l'entrée du désert deSyrie. Tout cela est trop connu pour prêter longtemps à la description.Mais, en faisant trêve à l'admiration et en parcourant des yeux lespierres de la plate-forme, on y trouve de quoi compenser les excès del'enthousiasme. Tous les Anglais qui ont risqué cette ascension ontnaturellement inscrit leurs noms sur les pierres. Des spéculateurs onteu l'idée de donner leur adresse au public, et un marchand de cirage dePiccadilly a même fait graver avec soin sur un bloc entier les méritesde sa découverte garantie par l'improved patent de London. Il estinutile de dire qu'on rencontre là le Crédeville voleur, si passéde mode aujourd'hui, la charge de Bouginier, et autres excentricitéstransplantées par nos artistes voyageurs comme un contraste à lamonotonie des grands souvenirs.


Nous voilà de nouveau sur le Nil. Jusqu'à Batn-el-Bakarah, le ventrede la vache, où commence l'angle inférieur du Delta, je ne faisais queretrouver des rives connues. Les pointes des trois pyramides, teintesde rose le matin et le soir, et que l'on admire si longtemps avantd'arriver au Caire, si longtemps encore après avoir quitté Boulaq,disparurent enfin tout à fait[p. 212] de l'horizon. Nous voguions désormaissur la branche orientale du Nil, c'est-à-dire sur le véritable litdu fleuve; car la branche de Rosette, plus fréquentée des voyageursd'Europe, n'est qu'une large saignée qui se perd à l'occident.


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